En direct de Munoz

18.12.06

MUNOZ
REPUBLIQUE DOMINICAINE

18 DECEMBRE 2006

À PROPOS D’AIDE HUMANITAIRE :

Quand on se retrouve sur le terrain, on finit par développer LA définition du terme « aide humanitaire » bien plus proche de la réalité, de sa propre réalité malgré ce que dit le dictionnaire

L’aide dite humanitaire premièrement s’adresse, avant tout à soi-même.

Celui qui prétend le contraire n’est pas à sa place. Mais pour le néophyte, comme moi j’étais en partant pour ce voyage l’espérant rempli d’exotisme et de chaleur, cette définition ne faisait pas partie intégrale de mes bagages.

C’est au contact du pays, de ces gens, de cette culture, de leur façon de faire, de dire et d’être, que l’on s’aperçoit que tout est différent. L’erreur que beaucoup font en arrivant, est de se dire que c’est mieux chez-eux. Faux ! Ici c’est tout simplement différent. Ceux qui ne comprennent pas ce principe se sentiront tôt ou tard supérieurs à ces gens, à ce peuple, à ce pays, à cette culture et forcement passeront leurs grandes journées à comparer, à se plaindre et accumuleront déceptions et ressentiments face à cet hôte de couleur différente, entouré de la mer turquoise, du ciel bleu, des palmiers majestueux et de ce soleil éternel.

Chaque personne ayant une conscience, agit en fonction de celle-ci et de ce qu’elle est prête à faire pour elle-même.

Ainsi, l’aide humanitaire peut prendre bien des formes.

Il y d’abord la formule de la compassion. Ce sont les gens qui restent au pays, reçoivent des nouvelles de celui qui est parti « aider » et qui, pris dans le tourbillon de la vie familiale, du travail, des amis répondent des « C’est bien ce que tu fais » « Continues ton beau travail » et « Je passe l’info à mes contacts, bonne chance ».

Il y a aussi la formule des achats cadeaux pour la cause. Ce sont des gens qui vont s’enquérir des besoins spécifiques par le biais des bénévoles et qui préparent un colis qu’ils achemineront directement sur le terrain et qui répondra aux demandes réelles, claires, nettes et précises de ces gens dans le besoin.

Le problème pour un travailleur isolé, c’est sa crédibilité. Sans organisme et même appuyé par un organisme, il y a le doute et le doute tue la spontanéité. L’avantage de cette formule, c’est qu’elle élimine l’épineux problème de la trop célèbre fraude dans l’aide humanitaire. Qui ne connaît pas le sort réservé à tout cet argent amassé pour les sinistrés et qui ne s’est jamais rendue ? Ainsi en faisant vous-même les achats et à peu de frais également, vous saurez que vous aidez vraiment. En achetant du matériel scolaire spécifique, vous aurez la certitude que les cahiers d’écriture, les dictionnaires de poche anglais/français, etc. seront vraiment utilisés dans les écoles.

Vous pouvez utiliser différents moyens pour acheminer le tout. En premier, vous venez faire un séjour au soleil et apportez le tout avec vous. Sinon, demandez la collaboration d’une agence de voyage et soyez à l’écoute des vacanciers de votre entourage on pourrait se faire indiquer quelqu’un qui accepterait de collaborer. Soyez assurés que nous irons chercher vos dons à l’hôtel. Et il n’y a pas de limite de poids en bagage a main.

Il y a aussi la formule d’aide, disons, recherche virtuelle. Ce sont des gens qui occupent une partie de leurs temps libres à rechercher sur la toile et dans les médias de possibles sources de financement. Ce qu’il y a de bon avec ces gens c’est le fait qu’ils restent en contact direct avec l’aidant pour rapporter les trouvailles et pour suivre l’évolution des besoins et des réalisations sur le terrain. Différents organismes, sociétés, usines, offrent, et disent qu’ils ont des argents, des budgets pour l’aide humanitaire, il s’agit de chercher et demander.

Une autre formule est celle des gens en vacances qui prendront leur retraite ou à des gens prévoyant un long congé qui viennent nous visiter. Ils ont eu la curiosité éveillée sur internet, tout en fouillant pour s’inscrire à une randonnée spéciale soit : l’équitation, un safari et ils se retrouvent entourés d’enfants souriants, de femmes faisant la lessive dans un plat en plastique, accroupies près d’un point d’eau ou triant des légumineuses pour le repas.

La rencontre avec ces résidents dans leur propre milieu favorise la prise de conscience de la différence et des besoins. Cette évaluation des besoins se fait en fonction de nos schémas de pays développés. Ce que nous appelons de la misère ou de la pauvreté est pour eux une habitude, une évidence quotidienne. La plupart des gens n’ont de toute façon jamais connue ou vu autre chose que ce qu’ils voient autour d’eux. Les participants à cette visite sont généralement enclins à faire deux choses : soit prendre des photos pour garder ce bout de voyage hallucinant et puis sortir discrètement de l’argent pour contribuer à la cause..

Pour terminer, il y a la formule d’implication directe. Elle demande une préparation personnelle, une grande période d’adaptation et une bonne santé physique. Nous passons par toutes les étapes d’émotions en arrivant mais quand nous comprenons que nous ne sommes pas ici pour changer la façon de vivre de ces gens, alors tout devient possible pour nous. La suite est questions de patience, d’imagination, de chance et de bon vouloir.

À l’intérieur de tout cela, nos démarches nous permettent de vivre des expériences de vie unique. On grandit, On pratique l’acceptation patiente et si on obtient des résultats, quels qu’ils soient, tant mieux. C’est entre leurs mains et leur sourire, c’est ton salaire.

L’aide humanitaire, c’est une expérience tout à fait personnelle.